lundi 2 janvier 2012

BIGUP 2012

Coucou les kids !

Histoire de donner une suite à ma tonitruante déclaration d'intentions, qui commence à prendre la poussière, et coïncidant remarquablement avec la nouvelle année qui commence, voici les six groupes français, indépendants et anglophones que je vous souhaite de découvrir, soutenir, aimer dans les délais les plus brefs.

Aucun n'est parvenu à l'heure où je vous écris à faire la une de MOJO ni à vendre autant d'albums que les Arctic Monkeys, mais je les écoute avec la même passion que mes groupes préférés. Dont ils sont.



Authentique panzertank venu de Lorraine, ce groupe incarne musicalement ce qui me plaît le plus : une combinaison parfaite entre l'aspiration pop et l'énergie punk, avec une rythmique puissante et dévastatrice. Je les ai découverts sur scène à l'Espace B après avoir ouvert pour eux avec les Burnin Jacks ; une authentique débauche de décibels, impossible de ne pas danser, pas une seconde de répit, nous fûmes renvoyés sans pitié à notre triste condition d'amateurs gentillets que nous étions à l'époque. Ce qui frappe avant tout, c'est qu'ils ne lâchent rien : à aucun moment ils ne sacrifient la précision sur l'autel du spectacle, chose d'autant plus appréciable que leur engagement physique est impressionnant.

Que dire de plus ? Leurs chansons déboîtent et voir un groupe au talent si confirmé ne pas cartonner au box office relève pour moi de l'absurdité la plus totale. Ils ont tout pour marcher. Quiconque a écouté les trois premiers titres de Final Lift ne peut manquer d'en convenir.


Curiosité : l'instrument lead de Toxic Kiss n'est pas une guitare ni un clavier mais bel et bien une basse Fender JP90, brillamment tenue par Sam, pimpée avec des cordes piccolo, ce qui donne à l'arrivée un son parfaitement unique et conquérant.

Faits d'armes : Très actifs depuis leurs débuts il y a presque dix ans, ils revendiquent plus de 200 concerts, réussissant notamment l'exploit de passer après les Wampas lors d'un festival.

A écouter : tout, en commençant par Final Lift.





Dans la première génération d'une jeune scène rock parisienne principalement attachée à singer, avec plus ou moins de talent, les gimmicks dictées par la doxa rock'n folk (garage, punk blablabla), les Mantis font clairement figure d'exception. Groupe bicéphale (Santiago à la guitare et au chant, Emilio à la batterie et aux choeurs) évoquant visuellement l'association d'Humphrey Bogart et Jack Sparrow, ils représentent musicalement quelque chose de totalement libre, mariant blues, jazz, rock'n roll, musique latinoaméricaine, gammes andalouses, pour un résultat totalement captivant ; à la fois violent et dansant, punk et pop, où les chansons surgissent comme des fulgurances entre des moments de totale improvisation : il s'agit donc davantage d'une performance que d'un concert au sens classique du terme. Ce qu'il y a d'absolument frappant, c'est qu'à aucun moment on n'a l'impression d'être face à un groupe de "bon vieux rock" : explorant toutes les possibilités offertes par le fait de n'être que deux, les Mantis choisissent toujours la voie la moins conventionnelle et prévisible, et ce autant dans l'écriture de leurs chansons que dans la construction de leurs concerts.

Sans doute ai-je oublié de préciser que Santi gère avec une classe certaine le bruit qui sort de son ampli, autant par son jeu de guitare que par sa maîtrise des effets (sa wah wah peut donner des sons proches de l'electro par moments, déstabilisant, saisissant : cool) et qu'Emilio est l'un des meilleurs batteurs de la scène, capable de tenir son public en haleine pendant des solos de cinq minutes, tout en étant au rendez-vous, comme dirait volontiers un aspirant commentateur sportif, lors des moments décisifs lorsqu'il faut envoyer les décibels.


Curiosité : visiblement lâchés par leur label Bonus Track Records qui, si je ne m'abuse, se casse quelque peu la gueule, les Mantis se sont mis en standby. Ils ne font donc plus de concerts. Plutôt que de les insulter, les passer par les flammes et maudire leur descendance pour cet acte d'abandon qui m'attriste au plus haut point, je suggère donc à mes 127.000 lecteurs de les encourager à revenir sur scène, gentiment, en leur envoyant des lettres éplorées, des félicitations pour leur dernier concert (en mai dernier) voire en recourant au chantage. Oui, les Mantis doivent revenir, cela relève du salut public !

Faits d'armes : Groupe hype de la scène en 2007-2008, les Mantis peuvent

A écouter : leur premier et dernier E.P. est disponible sur MySpace et Deezer. Il est très cool. Mais les concerts sont mieux. D'où l'urgence de se reporter au paragraphe précédent. Faites tourner l'info.





"Bonjour Syd, réponds-tu à l'appel du rock'n roll ?" C'est par ces mots que la voix grave (au téléphone) de Jimi Ben se donna à connaître de votre serviteur par un doux mois de septembre 2010, pour me proposer de partager avec eux l'affiche à La Cantine de Belleville [lol].

C'est ainsi que je fus conduit à écouter, sur MySpace d'abord puis sous mes yeux et mes oreilles ébahis, ce trio garage lillios qui répond avec talent et humour à la question que se posent tous les groupes de rock 2.0 (soit depuis 1969) : qu'est-ce que c'est que le rock ?


Le rock, ici, ce sont avant tout des chansons accrocheuses, giglées comme des comptines salaces de cour de récré avec une jubilation de sales gosses, genre "notre rock n'est pas fait pour plaire aux papes du bon goût", où l'irrévérence et la crétinerie de façade ne cachent pas longtemps un réel talent pour écrire des chansons et les faire sonner. Alliant à un ton garage mal dégrossi des volutes de guitare surf comme contre-chant aux hululements jouissifs de Jimi Ben, le son Jimi Ben Band évoque à merveille une sorte de monde parallèle où les rêves sont rois.

Sur scène, vous vous en doutiez, ils sont aussi classe que déchaînés, hurlant les yeux exorbités, et semblent totalement prendre leur pied, chose immensément appréciable au pays des blasés. Tout cela en gardant chacun une totale maîtrise de son instrument, ce qui, compte tenu des parties basse de Ricky et de son jeu de scène, est "tout à fait r'marquable".

Des chansons qui tuent (je n'ai écouté que ça pendant un bon mois lorsque toute leur première démo était sur MySpace), de la classe et un zeste de fuck off attitude : tout pour plaire donc. Longue vie à eux !

Curiosité : si vous hurlez "ON VEUT DU SEXE" entre les chansons, le sympathique bassiste vous invitera, du tac au tac, à donner le spectacle de votre anatomie la plus intime, la chanson suivante commencera lorsque vous vous serez exécuté, j'ai testé pour vous...

Faits d'armes : ils ont partagé la scène des Lords Of Altamont ainsi que de Legendary Tigerman

A écouter : leur MySpace, où il ne reste hélas que la moitié de leur première et géniale démo. Tout est bon (commencer par Get Me ! )





Il est quelque peu compliqué de parler de Junie Jungle comme ça, ex nihilo, puisqu'il s'agit à la fois d'un quatuor électrique, d'un duo acoustique, d'un combo hard rock, d'un répertoire aux chansons de plus en plus (et de mieux en mieux) écrites, d'une expérience intimiste, qu'il n'y a aucune chanson sur leur MySpace et que les vidéos qu'on peut trouver d'elle semblent bien caduques tant elles ont ces derniers temps fait peau neuve. Trop d'idées contradictoires m'empêchent de donner sur un ton neutre et policé un avis global et objectif, comme je sais si bien le faire. Aussi vous raconterai-je simplement ceci :

Ayant pris l'habitude d'organiser des concerts au Hideout Mouffetard, je décidai d'y programmer les Junie Jungle, que je connaissais déjà depuis leurs débuts, ayant été un fan assumé et assidu des Cognacq Jays, précédent groupe de la chanteuse Junie "Tiger" June. L'orientation première des Junie Jungle était celle d'un hard rock lorgnant du côté d'ACDC, avant de dériver quelque peu vers des horizons qui sonnaient vaguement hardFMisant à mes oreilles ; ayant vu ces deux périodes de leur évolution, au Batofar puis au Bus Palladium, j'y voyais un groupe de filles très compétentes, capables de faire bouger leur public et d'envoyer le bousin niveau son, mais hélas pas aussi inspiré que ne l'étaient les Cognacq Jays. Oui, on compare, forcément. Néanmoins, elles correspondaient clairement au type de groupe que je souhaitais faire jouer à mes soirées, et c'est donc avec un certain enthousiasme que j'accédai à la demande de Junie, curieux de voir ce groupe estampillé hard rock se produire en acoustique.


Le jour du concert (lendemain de cuite, trois heures de sommeil à tout casser), le patron m'informe que tout le matériel pour sonoriser la salle manque, puisque la boîte qui le lui loue a eu une galère quelconque ; ne se démontant pas une seconde les Junie Jungle (Junie June au chant donc, et Fox à la guitare et aux cheveux de feu) arrivent avec un ampli guitare et quelques lampes, soucieuses de maîtriser l'ambiance de leur concert ; elles chanteront sans micro, après tout à quoi ça sert ?

Première évidence : le répertoire des deux jeunes filles a considérablement évolué ; sans rien renier de leurs influences hard rock, les Junie Jungle écrivent désormais des chansons parfaitement ciselées, dont les refrains accrochent et frappent fort, les riffs sont aussi puissants que raffinés, les influences se sont élargies et l'ambition musicale a augmenté de plusieurs crans.

Seconde évidence : ces deux meufs sont des tueuses. Junie n'a pas seulement une voix de malade, elle parvient surtout à véhiculer avec elle des émotions par torrents et dicte par la moindre inflexion de ses cordes vocales l'humeur de la salle. Fox quant à elle - et c'est ma révélation de la soirée - est une authentique mercenaire de la six-cordes et donne à elle seule l'impression que c'est un groupe entier qui gronde, grâce à un jeu rythmique implacable et tranchant sur lequel se greffent volontiers quelques sursauts de virtuosité proprement extraterrestres.

Cerise sur le gâteau, une reprise de I'm So Excited grandiose, réarrangée pour pulvériser la niaiserie de l'original, absolument jouissive, qui finit de mettre tout le monde d'accord. On leur laisse volontiers le mot de la fin : "Oh yeah, girls rock !"

Curiosité : si vous voulez découvrir Junie Jungle, il faudra venir les voir en concert, vu qu'aucun titre ni aucune vidéo ne sont plus disponibles. A bon entendeur !



Une nuit que j'étais à me morfondre dans quelque bar français (La Féline), tapi dans l'ombre, alors que j'ingérais ti punch sur ti punch, surgit du backstage un mec que l'on aurait pu prendre pour Oussama Ben Laden ayant dévalisé Tim Bargeot, derrière une gratte acoustique. Quatre loubards l'entourent, avec l'air détaché de ceux à qui on ne la fait pas. Et ça attaque : dans un premier temps c'est la voix grave et rauque de Rudy qui guide l'ensemble, feutré et discret ; l'organe, caverneux et impérialiste, tapisse tout le spectre sonore de la Féline et l'assistance est immédiatement envoûtée.


La musique semble directement sortie du fin fond de quelque état crasseux du sud des States, en pleine prohibition, une sorte de bordel où jazz, blues et tout type de chanson qui se chante à pleins poumons semblent copuler dans la douleur mais non sans une certaine jubilation : les musiciens d'ailleurs semblent littéralement jouir de l'effet que leur labeur suscite immanquablement sur le public aviné, et ils n'hésitent d'ailleurs pas à rallonger les titres avec des fins à tiroirs totalement maîtrisées, tant cela relève bien davantage de la générosité que de la frime, de toute évidence.

Deux jeunes filles dansent lascivement sur le bar tandis que ce concert anachronique et captivant bat son train à son rythme, lentement mais sûrement, totalement maîtrisé, je suis dans une BD de Blueberry, ou peut-être à Chicago période Al Capone...

Curiosité : vous ne devinerez jamais d'où viennent les bagues de Rudy






Last but not least, NOUS !!! En plus de nos chansons géniales, de notre classe indéniable, des performances sexuelles dont les tabloïds se sont fait l'écho, de notre énergie qui nous permettrait de tenir bon après un concert d'ACDC, sachez que notre tâche sublime sera de secouer notre époque, et plus que notre époque, l'Histoire, de vendre plus d'albums que les Beatles et Elvis réunis, de partouzer Rihanna et Scarlett Johansson, de faire sortir le rock des salles de concerts, d'être le vecteur d'une transformation profonde et irréversible de l'humanité vers quelque chose de plus sexy, de plus cool, de plus beau, bref d'incarner le rock'n roll dans toute sa splendeur.


Aimez-nous, nous vous le rendrons au centuple !!!





Soyez bénis mes doux enfants !

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